«Petits enfants, petits caprices, grands enfants, grandes exigences!» Voilà ce que se plaît à dire Étienne Gaudet, psychoéducateur, auteur et conférencier. Comme parent, vous aimeriez savoir comment faire pour que votre enfant ne devienne pas un ado tyran? Notre expert vous fait part de ses meilleurs conseils.

L'enfant est un roi de nature, nous rappelle Étienne Gaudet. «Il est très centré sur ses besoins, il fait souvent des demandes, il a besoin de beaucoup de choses pour grandir et se développer, c'est normal.» Là où ça devient un problème, souligne-t-il, c'est quand le parent a de la difficulté à mettre des limites, à lui imposer un cadre de développement. «L'enfant va se nourrir de ce sentiment de toute-puissance. Un enfant qui réclame et veut, c'est tout à fait normal, mais un parent qui donne tout, quant à lui, est en train de former un enfant roi.»

4 astuces pour éviter de former un enfant roi
Pour s'épargner des problèmes plus tard, mieux vaut agir en bas âge. Étienne Gaudet nous indique quatre règles à suivre à la lettre.
 
  1. Établir nos limites. Choisir trois valeurs essentielles pour nous, desquelles nous ne dérogerons pas. Par exemple, discipline, respect, ordre… Parce que si nous intervenons sur des choses futiles, il sera facile de ne pas tenir nos conséquences.
  2. Accepter de ne pas toujours être aimé. Il se peut que notre enfant soit contrarié quand nous lui disons non. Quand tu relèves des défis et que tu apprends à souffrir plus jeune, tu vas être plus apte à faire face aux souffrances et à l'inconfort plus tard.
  3. Faire respecter nos limites. Être capable de dire: «Écoute, t'es pas d'accord, t'es pas content, mais ça va être ça pareil parce que je suis le parent, parce que c'est important pour moi et que ce n'est pas la télé qui va me dire quoi faire.»
  4. Être cohérent. Ce que nous mettons de l'avant comme valeur, nous devons être capables de le vivre dans notre vie. Fais ce que je dis, pas ce que je fais… ce n'est pas très gagnant avec les jeunes. De plus, si nous donnons une conséquence, il faut être capable de l'appliquer telle qu'annoncée. Il faut donc nous assurer qu'elle est adaptée à l'âge de l'enfant et à la faute commise. Être cohérent avec l'autre parent même si nous sommes séparés est aussi très important.

La genèse de l'enfant roi
Le concept d'enfant roi est relativement récent dans notre société. Pourquoi ne parlions-nous pas de ce phénomène il y a 40 ou 50 ans? Étienne Gaudet nous propose quelques pistes de réflexion.
 
  • Baisse du nombre d'enfants par famille. Aujourd'hui, la famille compte en moyenne 1,6 enfant. Les parents sont portés à en faire plus pour eux, croyant que, pour réussir leur éducation, ils doivent être au-devant de leurs besoins.
  • Hausse des familles éclatées. Les parents qui voient leurs enfants une semaine sur deux n'ont pas envie de faire de discipline avec eux. Ils vont acheter la paix et se déculpabiliser en acquiesçant à leurs demandes.
  • Changement sociétal. Avant, nous vivions dans une société de devoir et, maintenant, nous sommes dans une société de droit. Les enfants revendiquent donc leurs droits.

Un ado tyran, c'est quoi?
«Un ado tyran va dire: “Je veux, donne-moi, j'exige… sinon…” Beaucoup vont même menacer de se suicider ou de faire une fugue pour en avoir encore plus», explique Étienne Gaudet. Celui-ci raconte que certains parents doivent verrouiller leur porte de garde-robe pour ne pas se faire voler par leurs enfants. «Ils deviennent prisonniers de leur propre maison. Quand on a un ado tyran, on doit faire un coup d'État pour remettre les choses en place! On est obligé d'appeler la DPJ, de faire un placement, d'avoir Crise-Ado-Famille dans son milieu, de consulter des intervenants psychosociaux.» Le psychoéducateur souligne que si nous devons faire appel à ces mesures excessives, c'est parce que les comportements de notre ado sont devenus excessifs, car ils n'ont pas été corrigés en bas âge.

Enfant roi devenu ado: les risques
«Les jeunes qui ont été élevés en enfant roi deviennent souvent des ados tyrans», affirme le psychoéducateur. Celui-ci précise qu'ils vont avoir des exigences folles pour les heures de sortie ou de coucher, par exemple. «Si nous laissons notre ado de 14 ans rentrer à 4 heures du matin parce que nous avons peur de lui dire que ça n'a pas d'allure, nous ne l'aidons pas», explique-t-il, ajoutant que c'est ainsi que certains se mettent à déraper. Parmi les risques évoqués par l'intervenant psychosocial, on retrouve la dépendance à l'alcool et aux drogues, l'intégration d'un groupe marginalisé, la dépression, l'abandon scolaire, les délits, etc.

Ressources …pour les parents
Ligne parents: ligneparents.com ou 1 800 361-5085 (Soutien professionnel gratuit 24 h/7 jours)
Ado-défi: stratégies pour mieux vivre l'adolescence (pour les parents), Étienne Gaudet, Éditions Publistar.