Les allocations et les tâches, on paye ou pas?
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Les allocations et les tâches, on paye ou pas?

Texte: Nathalie Prézeau
Photo: Shutterstock

Les raisons d’accorder des allocations aux enfants sont variées. On espère leur enseigner à gérer, à épargner, à faire la charité. «Mais pourquoi s’arrêter là?» se disent des parents. L’argent de poche en retour de l’exécution de tâches permet aussi d’initier les jeunes à la valeur du travail.

Donc, on les paye? Pas si vite! De nombreux experts en questions familiales répondent un «non!» retentissant.

Faites un sondage rapide auprès des parents de votre entourage… S’ils sont honnêtes, ils vous diront que le premier réflexe des enfants habitués à effectuer des tâches ménagères contre de l’argent est de répondre «Combien ça paye?» quand on leur demande de l’aide qui n’est pas «dans leur contrat».

Remarquez qu’ils n’ont pas tort. C’est nous qui leur avons montré que tout a un prix. C’est aussi nous qui avons oublié de mentionner que personne ne paie maman pour faire le marché, ni papa pour faire le lavage (certains conjoints sont mieux entraînés que d’autres!).

C’est «ben d’valeur»
Tôt ou tard, la couche du bébé doit être changée, le compte d’électricité doit être payé. Il faut acheter, apprêter et cuire les repas. Quelqu’un doit nettoyer les comptoirs, sortir les poubelles, faire la vaisselle. Et il y a les dents à brosser, le chien à sortir, les vêtements à ranger et la salle de bain à astiquer. La liste des choses à faire est longue.

Comme on dit, c’est «ben d’valeur» mais en famille comme dans la société, les choses ne se font pas toutes seules. Chaque membre doit assumer un certain nombre de responsabilités pour assurer le bon roulement de la maisonnée. Ce message – déjà difficile à saisir pour les enfants absorbés dans leur petit monde – perd toute sa valeur quand on présente les tâches ménagères comme une transaction commerciale plutôt que comme une question de morale et de contribution familiale. C’est du moins ce que soutient l’auteur Daniel H. Pink, dans La vérité sur ce qui nous motive (Drive, The Surprising Truth About What Motivates Us).

Motiver autrement
M. Pink s’attaque à la croyance populaire selon laquelle rien de tel que la technique de la carotte et du bâton pour motiver les gens – l’allocation jouant ici le rôle de la carotte pour inciter les jeunes à faire leur part dans la maison. Reconnaissant que cette stratégie a eu sa raison d’être dans le passé, il expose de façon très convaincante que de nouvelles sources de motivation font désormais avancer notre société: un désir d’autonomie, de maîtrise de soi et de raison d’être.

En participant sans rémunération aux tâches ménagères, nos enfants prennent conscience de l’importance de l’entraide dans le cercle familial, avec le sentiment de faire partie d’un tout. La responsabilité de tâches précises leur permet de développer la maîtrise et le plaisir du travail bien fait. En les laissant découvrir la meilleure façon de s’exécuter, on leur offre l’opportunité de développer le «muscle de l’autonomie»!

Ceci dit, il y a aussi des vertus tout à fait louables dans le principe de l’argent de poche. Ne serait-ce que pour apprendre aux enfants à gérer leurs dépenses.

«Je suis riche!»
Si l’on s’entend pour accorder un peu d’autonomie à nos enfants en leur attribuant une allocation, deux grandes questions s’imposent: combien leur donner? Et à partir de quel âge?

Alyson Schafer est experte en parenting et auteure du bestseller canadien Honey I wrecked the kids. Elle voit peu de valeur dans les règles à la mode du genre «un dollar pour chaque année de vie» afin d’établir le montant de l’argent de poche. Elle conseille plutôt de
tenir compte du budget familial: «Ce n’est pas en se saignant à blanc pour leur donner la même allocation que le petit voisin gâté qu’on apprendra à l’enfant à bien gérer son argent.»

Elle suggère aussi de considérer la nature des achats que l’enfant pourrait administrer. Il s’agit ici de transférer graduellement les responsabilités du parent vers l’enfant, au fur et à mesure que ce dernier acquiert de la maturité. L’allocation qui servait à acheter des
gâteries sera augmentée pour qu’il puisse économiser afin, par exemple, d’augmenter sa collection de figurines. Avec le temps, il devient responsable de l’achat des cadeaux d’anniversaire de ses amis, puis de ses tickets d’autobus.

À mesure que les demandes pour les sorties au cinéma, les livres, les accessoires, les repas au resto se multiplient, une augmentation de l’argent de poche permet de couvrir les dépenses que nous serions prêts à payer de toute façon. 

Mais attention! Il est primordial de laisser nos enfants subir les conséquences de leurs mauvaises décisions sans intervenir. C’est ainsi qu’ils apprendront – tout comme nous! – les désavantages des achats impulsifs ou du manque d’épargne.



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