Banalisons-nous l’avortement?
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Banalisons-nous l’avortement?

Par Annie Lavoie
Photo: Shutterstock

Bien qu’il soit légal depuis 25 ans au Québec, l’avortement (aussi appelé IVG: interruption volontaire de grossesse) suscite encore bien des débats sur le plan moral. Traitons-nous cet acte avec trop de légèreté? Deux expertes nous donnent leur avis.

OUI
Point de vue de l’expert

Marie-Paul Ross, M.A., Ph. D., docteure en sexologie clinique, infirmière et psychothérapeute (iidicanada.com)

Quand on lui demande ce qu’elle entend par «banalisation de l’avortement», la Dre Marie-Paul Ross fait surtout référence à l’état affectif de la personne qui en a subi un. «La médecine semble faire fi de l’expérience affective de la femme. Elle manque de considération à l’égard de son traumatisme, et c’est ça que je trouve grave.»

Selon elle, la médecine traite la chose de façon technique, voire mécanique. «On envoie comme message à la femme qu’il vaut mieux mettre un terme à une grossesse non désirée, car ce sera aussi difficile pour elle que pour l’enfant, et que de toute façon, elle pourra en avoir un quand elle aura choisi le bon moment.»

«Mais ce n’est pas comme ça que ça marche», ajoute-t-elle. À son avis, à moins d’être totalement désensibilisée affectivement, une femme qui subit un avortement en ressentira les effets psychologiques tôt ou tard. «Dépression, maladie, incapacité de relation amoureuse, dévalorisation personnelle, idées suicidaires… Ça prend toujours un chemin destructeur, même si sur le coup et durant la première année, la femme ressent un immense soulagement.»

En terminant, la docteure en sexologie soulève le point de la déresponsabilisation. Avec la quantité et l’accessibilité des moyens de contraception, elle ne comprend pas qu’autant de femmes recourent à l’avortement. «Certaines se font même avorter à répétition, comme
si c’était plus facile que de se discipliner à prendre la pilule tous les jours, de façon régulière.»

NON
Point de vue de l’expert

Anne Marie Messier, directrice générale du Centre de santé des femmes de Montréal (csfmontreal.qc.ca)

Selon Anne Marie Messier, il ne faut pas confondre accessibilité, acceptation et banalisation. «Ce n’est pas parce que l’avortement est mieux accepté et moins tabou qu’avant qu’il est pour autant banalisé. Aucune femme ne dit “youpi! je m’en vais me faire avorter”. Personne ne le crie sur les toits!»

Quant aux répercussions psychologiques que pourrait engendrer une IVG, Mme Messier dit ne pas y croire. «Le syndrome postavortement est une pure invention des groupes antichoix», clame-t-elle, toutefois bien consciente de l’importance de cet acte. «Souvent, l’avortement va amener la femme à se questionner sur la direction qu’elle veut donner à sa vie.»

Selon elle, ce n’est pas l’avortement qui déstabilise, mais le fait d’avoir eu à prendre une décision d’une grande importance à la suite d’une grossesse non planifiée. «Pour certaines femmes, c’est un grand soulagement, mais c’est aussi l’élément déclencheur d’une remise en question.»

Mme Messier ajoute qu’avoir un enfant peut aussi être troublant sur le plan psychologique quand on n’est ni prête, ni apte à lui offrir une vie que l’on considère optimale. «Les femmes auront les enfants qu’elles veulent, quand elles le veulent», lance-t-elle en précisant que l’avortement sécuritaire est un outil d’aujourd’hui et que la société n’a pas à juger les femmes qui y recourent. «Aucun moyen de contraception n’est efficace à 100%. Même la personne la plus responsable peut devenir enceinte sans l’avoir souhaité», conclut-elle.



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